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Histoire 

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Janusz Korczak

le père des droits de l'enfant

Né le 22 juillet 1878 et mort le 5 août 1942, Janusz Korczak était écrivain, médecin, éducateur. Il  était célèbre sous ses différentes casquettes dans sa Pologne natale mais c’est son combat désespéré pour protéger les orphelins juifs des atrocités du ghetto de Varsovie qui a fait sa légende.

En effet, lorsque les nazis ont décidé, en août 1942, que les enfants devaient être exécutés, il a refusé au prix de sa vie de s’en séparer. Il est donc mort à Treblinka avec les 192 enfants et ses collègues de l’orphelinat.

Mais, si Janusz Korczak est resté dans de nombreuses mémoires, c’est aussi pour sa vie, ses paroles et ses écrits.  Certains de ses ouvrages ont été traduits dans de nombreux pays. Des associations qui portent son nom ont vu le jour dans plusieurs pays et les militants des droits de l’enfant font souvent référence à son œuvre.

Même s’il ne fait pas de doute qu’il a influencé la rédaction de la Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant dans les années 1980, il nous reste beaucoup à apprendre de lui. Korczak était en avance sur son temps.

Aujourd’hui, certaines de ses idées – pourtant éminemment pertinentes pour la défense des droits de l’enfant au 21ème siècle – ne sont toujours pas parfaitement comprises.

Son histoire :

Janusz Korczak, de son vrai nom Henryk Goldszmit, est né à Varsovie dans une famille juive assimilée de la classe moyenne. Il semble avoir eu une enfance heureuse dans un milieu aisé jusqu’à ce que son père, avocat de renom, soit atteint de troubles mentaux qui ont conduit la famille à sa ruine. Henryk avait alors 11 ans.

La pauvreté ne l’a pas empêché d’écrire des romans et de les faire publier alors qu’il n’avait guère plus de 20 ans, sous le nom de plume de Janusz Korczak. Estimant toutefois que « l’écriture ce sont des mots, la médecine des actes », il s’est concentré sur ses études de médecine. Déjà, le sort des enfants indigents suscitait en lui un grand intérêt.

A peine diplômé, il a été enrôlé comme médecin dans l’armée russe en guerre avec le Japon. Il ne cesse pas d’écrire. Ainsi dit-il : « La guerre est une abomination. Surtout parce que personne ne dit combien d’enfants ont faim, sont maltraités et sont laissés sans protection. Avant d’entrer en guerre, une nation devrait prendre le temps de penser aux enfants innocents qui vont être blessés, tués ou se retrouver orphelins. Aucune cause, aucune guerre ne vaut la peine de priver les enfants de leur droit naturel au bonheur. Il faut penser aux enfants avant de faire la révolution ».

A partir de 1904, il s’est passionné pour la psychologie de l’enfant et la pédagogie, et a dirigé des colonies de vacances pour les enfants pauvres. Tout en consacrant de plus en plus de temps à l’enseignement et à ses activités de conférencier, il a continué d’exercer la médecine, pratiquant des tarifs élevés avec ses clients riches et soignant les pauvres gratuitement.

A 34 ans, on lui a proposé le poste de directeur d’un orphelinat juif qu’il n’a plus quitté jusqu’à sa mort. En tant que médecin, il s’occupait du bien-être physique des orphelins, les pesait, les mesurait, leur administrait des médicaments. Constatant que la dislocation des familles, la pauvreté et, plus généralement, les maux sociaux sont à l’origine des blessures les plus profondes.  Pendant cette période, il a développé ses talents de médecin, d’enseignant, mais aussi d’écrivain et de thérapeute dans le but d’aider les enfants et de promouvoir leurs droits.

Un grand pédagogue :

Il a perçu l’importance des méthodes d’apprentissage adaptées aux enfants, faisant passer l’éthique avant les aspects purement factuels. Il a introduit la démocratie dans l’orphelinat : les enfants avaient leur mot à dire dans les décisions, mais devaient aussi vérifier qu’elles étaient bien appliquées. Cette « république des enfants » avait un parlement et un journal.

La justice fait l’objet de l’une de ses expériences les plus connues. A l’orphelinat, une « Constitution » a été rédigée et un tribunal d’enfants créé pour statuer sur les cas d’injustice. Korczak lui-même a été quelquefois poursuivi pour certaines erreurs. Les sanctions prononcées à l’issue des procès consistaient souvent à présenter ses excuses et à demander pardon.

Doué d’une capacité d’écoute extraordinaire et d’un talent narratif certain, Korczak n’a cessé d’étudier les réactions, les émotions et le comportement des enfants. Il a rempli ses carnets d’observations, de réflexions et d’aphorismes souvent poétiques à l’intention des parents et des autres adultes. Il est devenu un interprète, un trait d’union entre le monde des enfants et celui des adultes. Il milita activement pour la popularisation de la défense des droits de l'enfant par le biais d'émissions de radio et il devint très populaire.

Ses livres pour enfants, à commencer par Le roi Mathias 1er, sont des ouvrages exigeants qui ne font pas abstraction des conflits et de la douleur.  Ainsi, les messages de Korczak aux adultes se caractérisent souvent par leur extrême clarté.

La montée de l'antisémitisme a provoqué son renvoi de la radio où, depuis plusieurs années, il répondait aux questions des auditeurs.

Premier défenseur des droits de l'enfant :

Il fut le premier défenseur des droits de l’enfant et le plus radical. Il a été déçu en découvrant la Déclaration des droits de l’enfant adoptée par la Société des Nations en 1924, pas assez claire à son goût et plus implorante que contraignante. Il voulait des droits et non la charité, immédiatement et non dans un avenir lointain. Pour lui, les enfants ne sont pas des personnes en devenir mais des personnes à part entière. Ils ont le droit d’être pris au sérieux, ils ont le droit d’être traités avec tendresse et respect. Il faut les laisser s’épanouir pour qu’ils réalisent leur personnalité. Il disait que « l'inconnu qui sommeille en eux est notre espoir pour l’avenir ».

Pour Korczak, deux droits étaient particulièrement importants : le droit d’être aimé et le droit au respect, auxquels il a par ailleurs consacré deux textes destinés aux parents et aux enseignants : Comment aimer un enfant, rédigé sur les champs de bataille de la première guerre mondiale, et Le droit de l’enfant au respect, écrit dans les années 1920.

Korczak s’est fait l’avocat de l’égalité entre enfants et adultes. On parle des personnes âgées avec grand respect. On parle des enfants avec hauteur et condescendance. Cela n’a pas lieu d’être car l’enfant a aussi droit au respect. Il est encore petit et faible. Il sait peu de choses et ne peut pas encore faire grand-chose. Mais son avenir – ce qu’il deviendra en grandissant – exige que nous le respections autant que nous respectons nos aînés.

Beaucoup d’enfants ne supportent pas l’hypocrisie des adultes à leur égard. Korczak a formulé ce sentiment en s’identifiant formellement aux adultes (« nous ») mais en restant, au fond, du côté des enfants : « nous n’aimons pas que les enfants nous critiquent. Ils n’ont pas le droit de relever nos erreurs ou nos incohérences. Nous nous présentons à eux sous l’apparence de la perfection. Nous jouons avec eux en utilisant des cartes truquées. Tricheurs que nous sommes, nous battons les cartes de manière à nous distribuer les meilleures. Nous gagnons contre les enfants grâce à nos atouts d’adultes ».

Ayant travaillé dans les circonstances les plus dures, Korczak a pu mesurer l’importance immense qu’il y avait à ce qu’au moins quelques adultes traitent les enfants avec respect et amour. Les abus causent des blessures profondes : « il y a beaucoup de choses terribles dans ce monde mais la pire est qu’un enfant ait peur de son père, de sa mère ou de son professeur ».

Korczak a osé utiliser le mot amour et n’a pas craint de le répéter, mais il n’était pas pour autant dans l’affectif, pas même envers les enfants. Le laisser-faire n’avait pas sa place dans sa pédagogie. Les droits qu’il défendait étaient assortis de devoirs. A l’orphelinat, chaque enfant avait une mission. Korczak était contre la protection excessive des enfants qui devaient également avoir le droit de faire leur propre apprentissage, et de pouvoir faire des expériences, quitte à se faire du mal.

Beaucoup de ses idées tournaient autour du respect de l’intégrité de l’enfant. Pour lui, l’enfant avait le droit d’avoir des secrets et il ne fallait pas, par exemple, lire son journal intime sans sa permission. De manière sans doute déconcertante pour certains, il a aussi défendu le droit de l’enfant au respect de ses biens et à un budget. Bien que l’enfant ne possède presque rien, il importe de respecter le peu qu’il a.

Le Ghetto de Varsovie et les chambres à gaz :

Dans le Ghetto, il portait son uniforme polonais et refusait de porter l'étoile de David car il considérait que cela désacralisait le symbole. Dans les trois derniers mois de sa vie, à partir de mai 1942, il travailla sur un mémoire (publié à Varsovie en 1958) du ghetto de Varsovie. Sur les deux dernières années de sa vie, il s'occupa presque exclusivement des enfants de son orphelinat. Il se demandait en même temps s'il ne devait pas se suicider et euthanasier les nouveau-nés et personnes âgées du ghetto. Il écrivit dans son mémoire pour la dernière fois le 5, à propos de plantes et d'un soldat allemand posté près du mur du ghetto.

Il disparut en même temps que ses enfants du ghetto en 1942, le 5 août, décidant de lui-même et insistant même pour pouvoir accompagner ses enfants sur leur route vers les chambres à gaz de Treblinka. Le départ du ghetto a été maintes fois décrit par des témoignages extérieurs comme celui de Joshua Perle ou de Władysław Szpilman epris dans le film « Le pianiste ».

Ce même jour, l'armée nazie déporta  4 000 autres enfants des orphelinats et leurs éducateurs du ghetto de Varsovie. La pièce de théâtre de Liliane Atlan, « Monsieur Fugue ou le mal de terre » est inspirée par le dernier trajet de Korczak avec les enfants.

La Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant, dont la rédaction a débuté en 1979 à l’occasion de l’Année internationale de l’enfant, doit beaucoup à la pensée de Korczak. Le texte final a été adopté par l’Assemblée générale en 1989.

Pédagogie :

Sur le plan pédagogique, l’œuvre de Korczak s'inscrit dans la lignée de la « pédagogie active » et de « l’École nouvelle », aux côtés de :

Johann Heinrich Pestalozzi, promoteur de l’éducation populaire (1746-1827)

Maria Montessori et sa méthode d’éducation sensorielle non-directive (1870-1952)

Ovide Decroly et son « École de la vie » (1871-1932)

Fernand Deligny (1913-1996), théoricien et éducateur d’enfants autiste

Alexander Sutherland Neill et l'école de Summerhill (1883-1973)

Anton Semenovitch Makarenko et la réadaptation par le travail (1888-1939)

Célestin Freinet, promoteur des méthodes actives d’enseignement (1896-1966).

Bibliographie :

Janusz Korczak : Pédagogues et Pédagogies, Jacques Ladsous, PUF, 11/1995

Le Roi Mathias Ier (Król Macius), traduit du polonais par Maurice Wajdenfeld, Paris, Martineau, 1967 ; Gallimard folio junior.

Le Droit de l'enfant au respect, Robert Laffont, Paris, 1979.

Colonies de vacances, La Pensée universelle, Paris, 1984.

Le Roi Mathias sur l'île déserte, Atelier Cauchois, Rouen, 1986 ; Paris, Gallimard folio junior.

Korczak, un homme, un symbole, Lili Berger. Paris, Magnard, 1989.

Journal du ghetto, Paris, Ed Robert Laffont, 1998.

Herschele, et autres contes, Paris, Ed Est-Ouest internationales, 2003.

Janusz Korczak-Les droits de l'enfant, Ed Fleurus Presse(Histoire vraies)2009.

Sur Internet :

Association Francaise Janusz KORCZAK (AFJK)

Le roi Matthias

Le site international du mouvement Korczak

(Sources : AFJK, Wikipedia, mémoire.net, Conseil de l'Europe)

 

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